Créer c’est résister, résister c’est créer.

« Tu n’es pas si anonyme » m’a répondu un jour un blogueur pas si anonyme. Une réponse à un commentaire jeté comme une bouteille à la mer sur un post de plus qui a, à raison de quelques millimètres, à nouveau changé ma vie. De post en posts en posts, vidéos, articles et conférences, conseils musicaux, points culturels, fulgurances poétiques, hurlements d’exister. Le net est une constellation de cris qui clignotent, changent un peu des vies et disparaissent comme des étoiles lucioles, fulgurantes et éphémères. Le net est un rêve en commun qui se dissipe dès qu’on lève les yeux de son écran, avec un goût de revient-y. L’humanité du net se dissipe dès qu’on s’en éloigne, mais à force le monde de la chair finit par paraître moins réel que l’autre.

Dans les volontés écrites, les petits bouts de soi semés sur la toile, une envie sous-jacente d’exister un peu plus, un peu plus fort et un peu mieux.

Créer c’est résister, résister c’est créer.

Il y a une révolution qui se développe sous les virgules. Chaque point de chaque phrase, chaque silence après chaque vidéo est un espoir, l’espoir d’avoir changé quelque chose, un petit peu. D’avoir transformé le réel. D’un rire. D’un savoir, d’une émotion. Le net a catalysé l’envie collective de ne faire qu’un. Le rêve de chaque bloggeur est de communiquer une résine d’instant suffisamment dense pour que le lecteur l’emporte un peu avec lui.

Créer c’est résister, résister c’est créer.

On le sent, il est devenu impossible de ne pas savoir. Nous n’avons plus le luxe de faire comme si nous ne comprenions pas le monde, comme si nous n’en avions pas les moyens. Le changement n’est plus en train d’arriver. Et pourtant, mes sœurs et frères communicants sont unis dans la répétition générale d’un monde meilleur. J’ai créé ce blog, et celui d’avant, et celui d’avant… Pour que mes sursauts créatifs, mes tentatives et mes maladresses soient contagieuses. Aujourd’hui comme hier, nous sommes dépossédés du réel par ceux qui ont le privilège de crier plus fort que tous les autres. Mais le volume sonore n’est pas la vérité. Derrière les lieux communs, les idées reçues, la peur d’être différent, derrière la course à la facilité et le culte du confort, contemplez le règne du néant, de l’inertie.

Créer c’est résister, résister c’est créer.

Partage d’illustrations, news alternatives, bibliothèque d’Alexandrie, critiques littéraires, cinématographiques, sociales, le calendrier des luttes mondiales sous les yeux, en permanence, la célébration des petites victoires et le deuil de toutes les grandes défaites. Aujourd’hui mon Internet a une voix primitive, gutturale. L’internet des gens joue les colibris – chacun sa goutte pour éteindre l’incendie.

 Créer c’est résister, résister c’est créer.

Je suis plus un scarabée qu’un colibri. Les gouttes que je jette sur l’incendie sont microscopiques, chaque mot est un combat et chaque publication un grand oral perdu d’avance, mais arrêter, c’est arrêter de résister. Le blizzard intérieur qui gronde, qui écorche et qui ne dort jamais ; sur un plateau des réflexions écorchées.

 

« Mais surtout soyez heureux les enfants »

Ma grand mère est âgée.
On peut même dire qu’elle est à l’age de confusion : l’age de raison, mais en plus mûr. Elle ne quitte que rarement son lit, elle ne répond plus que rarement au téléphone, elle vit dans un présent patchwork qui mélange souvenirs imaginaires et réels.
Je pense qu’elle a décidé qu’après plus de quatre-vingts dix ans, les conneries du monde ne la concernaient plus. Que vivre dans ses souvenirs, c’était mieux comme ça. J’ai vu son incompréhension et sa consternation grandir face aux mutations du réel et je crois qu’elle a jeté l’ancre depuis déjà longtemps. Elle est juste devenue plus honnête aujourd’hui vis à vis d’elle même : elle ne fait plus affaire avec le monde extérieur, alors pourquoi s’en soucier ?
En d’autre termes ma grand mère a décidé qu’elle s’en battait les couilles de tout, à partir de tout de suite.

Cela faisait plusieurs années que nous ne nous étions pas parlé au téléphone, et c’est arrivé récemment.
Elle n’avait pas de nouvelles à me donner et les miennes contredisaient tous ses souvenirs ; ce fut un échange téléphonique faussement enjoué, une échange bref, un échange parfaitement surréaliste. Avant de me raccrocher au nez, elle m’a lancé comme une bombe : « mais surtout soyez heureux les enfants, c’est tout ce qui compte« . Elle n’a pas rajouté « au final », mais je l’ai entendu, « c’est tout ce qui compte, au final« . Je respecte son siècle d’expérience à défaut de bien connaître sa vie. Il y a des chances que cela fasse partie des dernières paroles qu’on échange et j’ai l’intention de m’en souvenir.

Aux armes

J’ai connu intimement la dépression et j’apprivoise maintenant le bonheur en lui offrant de petits bouts de miettes, en le laissant venir vers moi une patte après l’autre. Je suis persuadé aujourd’hui qu’être heureux n’est pas une affaire de circonstances, pas vraiment. Il n’y a pas de circonstances absolues qui déterminent notre légèreté intérieure, notre joie ou l’amplitude de notre satisfaction. Le contexte seul ne nous immunise pas contre la frustration, l’angoisse ou la défiance.

Être heureux c’est avoir un esprit entraîné au bonheur. Cet entraînement peut être le fruit d’une éducation bienveillante, mais pas que. Et c’est une bonne nouvelle. Enfin… Pas juste bonne. C’est une woah-chaton-nutella-coucher-de-soleil-sur-la-plage-neige-à-noël-à-la-montage-cabane-de-couettes-à-deux-sans-vêtements bonne nouvelle. Selon moi, ça veut dire qu’on peut s’entraîner à être bien comme on peut s’entraîner à la pâtisserie, chaque gâteau meilleur que le précédent. Mais comme en pâtisserie l’expérience ne suffit pas et je vous propose un micro kit de départ pour commencer le travail. J’espère que ces outils de base se transformeront un jour en une vraie boite à outils suréquipée. Et on va même se tutoyer pour l’occasion.

1 – L’instant cadeau est un présent pas cher
Les problèmes du futur ne sont ni garantis ni remboursés, pas la peine de les vivre en avance. Quant aux déchets du passé, ils sont transformés en l’humus du présent, c’est beau le recyclage.
Plus on enlace le temps qui est, mieux on se porte. Plus on réussit à se concentrer pleinement sur ce qu’on est en train de faire là maintenant, plus on est vivant. En d’autres termes : tu faire l’amour au présent tout de suite. Il y a pas mal de techniques pour lutter contre les pensées parasites sur ce que fut ou sera : la méditation, le sport, le ménage, enlacer des arbres, parler aux girafes (y compris imaginaires), etc. Expérimente pleins d’activités, pleins de mouvements et trouve la posture qui te conviens.

2 – Rapport de taille terre/soleil = l’importance réelle de mon patron/l’importance qu’il se donne
http://tinyurl.com/oxfbwb9
Les problèmes sont des connards boulimiques qui vivent dans le mini studio de nos pensées. Ils ont tendance à prendre toute la place et à bouffer les idées agréables comme des frites mayos.
Les rapports hiérarchiques sont le terrain parfait pour illustrer l’absurdité de l’importance qu’on donne aux choses insignifiantes. La télévision et une certaine partie (la partie très riche) de notre société essaye de nous convaincre qu’un individu qui possède est un individu respectable. C’est faux. Il n’y a aucun rapport entre la propriété lucrative et la qualité de la personnalité. Il n’y a aucun lien entre les études et la bonté d’âme. Le patron ou le politique qui essayent de te convaincre que tu vaux moins qu’eux ne font que prouver qu’ils ne valent rien. Lorsqu’on t’engueule pour une chose insignifiante (comme un travail en retard), met toi en recule et sourie. Cette personne qui crie est minable et ridicule, souviens t’en !
D’une façon générale, laissons les petits problèmes rester petits et gardons en tête une charte galactique ; la terre est bien petite par rapport à l’univers, nous sommes minuscules par rapport à la terre, nos problèmes quotidiens sont minuscules par rapport à nous.

3 – La cour des miracles
Pour nous garder de la folie, notre cerveau nous fait croire que notre quotidien est fait de choses ordinaires. Limites chiantes en fait.
Mais en vérité nous vivons un miracle perpétuel. La complexité de notre corps (comment un truc si fragile peut fonctionner aussi bien ?), la complexité de notre planète (par un jeu de rotations célestes on a des écarts de lumière et de saisons qui génèrent des tensions créatrices de vie), la complexité du vivant (ton ventre est rempli de bactéries indépendantes qui te permettent de vivre, et il n’y a pas que lui), tout est riche ! Qu’y a t-il sous ton écran là, tout de suite ? Même si il ne s’agit « que » d’une table, la richesse, la complexité des matériaux en fait une impossibilité statistique flamboyante. Quel arbre de quelle forêt était ce bois avant de devenir planche ? Quelles sciences ont abouties à la chimie de cette peinture ? Tout ce que notre appareil sensoriel nous apprend est foisonnant d’implications vertigineuses. Nous avons de la chance d’être entourés de tant de merveilles.
La vie est pleine de miracles, ce moment de lecture en est un : des quartz saturés d’énergie électrique transportent l’information de cet article sur des milliers de kilomètres au travers de câbles enfouis sous la terre, pour amener aux cellules de tes yeux des signes que ton cerveau transforme en pensées filtrées par ta pensées critique, ta mémoire, etc.
Plutôt classe, pas vrai ?

4 – Rédige ton script sans laisser un autre agripper ton stylo (insert sexual joke here)
Dès qu’un malaise survient lors d’une relation avec les autres, met le moment en pause, sors de ton corps et regarde la scène de l’extérieur.
Demande-toi si :
– On est en train de te faire culpabiliser ou de te manipuler (http://alturl.com/4g7dm)
– Tu n’es pas en train de revivre une souffrance passée
– Tu te respectes vraiment à ce moment précis
– Tu fais subir à l’autre une émotion qui te dépasse
– On t’impose une vision du monde qui ne te correspond pas (http://bit.ly/1Ck1BSH)
Dès que tu y voies un peu plus clair : réécris le scénario. Ne réagis plus par réflexes, force-toi (artificiellement au début) à essayer une attitude et des propos que tu n’oserais pas d’habitude. Joue, comme un acteur, la personne que tu voudrais être dans ce moment de conflit : l’héroïne combattante, le ninja malicieux, le pirate plein d’humour, la nonne Shaolin emplie de sagesse, le poète plein de douceur, le chevalier protecteur, la chaman patiente… Ces images fortes de toi, ces archétypes (http://bit.ly/1yuWbnv) sont des outils TRÈS utiles et puissants, abuse-en !

5 – « Vous allez vous aimer les uns les autres, bordel de merde ! »
Tu as déjà haï quelqu’un ? Je suis sur que c’était pour de très bonnes raisons.
Cependant, ça t’a épuisé, ça t’a volé ton énergie et le connard que tu haïssais ne s’en portait pas plus mal. Ne t’accroche pas à ta haine, car c’est une ancre qui t’immobilisera et t’empêchera de naviguer vers la prochaine île paradisiaque. Le christianisme enseigne le pardon et je ne suis pas sur d’être d’accord avec ça, mais c’est une proposition intéressante. Laisse couler la haine sur toi comme la pluie emportant tes larmes, protège-toi des créatures néfastes, prend le large et recommence à voguer !
A l’inverse, n’oublie jamais à quel point ceux qui comptent à tes yeux sont chouettes.  Si tu as la chance d’avoir au moins une personne à qui tu peux penser avec plaisir, ne passe pas à côté de ce sentiment. Amour, ami, peut être même famille, c’est génial d’aimer quelqu’un. C’est un sentiment nourrissant, la force de cette affection peut guérir beaucoup de choses, elle peut protéger de pas mal d’orages. Et puis, simplement, l’amour est un sentiment agréable, aucun sentiment agréable n’est de trop.

Repassons au vouvoiement.
Beaucoup de ressources valables sur le bonheur traînent sur le net, ça vaut le coup d’y faire un tour de temps en temps. Un morceau choisi que j’aime particulièrement : http://bit.ly/1ueZf32
Je n’ai pas la prétention de réussir à appliquer tous ces conseils à moi-même chaque fois que j’en aurais besoin. La lutte pour dompter mes démons est loin d’être gagnée. Néanmoins ces réflexions m’ont été souvent utiles, salvatrices. Elles m’ont permis d’avancer. Puissiez-vous y trouver quelque chose qui vous serve, et ne cessez jamais de lutter contre l’Ombre, lutter, c’est être en vie.

 

Il est arrivé une chose atroce aujourd’hui


Il est arrivé une chose atroce aujourd’hui.

Nous sommes le sept janvier deux mille quinze et pour la première fois en plus de trente ans de ma vie de français, je sens que ma culture est menacée.
Ma culture française et moi, ce n’est pas vraiment une histoire d’amour. Son sexisme me dérange, sa frivolité superficielle m’offusque, son élitisme bourgeois de classes possédantes me met en colère. Mais c’est une vaste culture. Elle réussit le miracle de rester bordélique et riche en contradictions malgré les attaques publicitaires et le marketing politique. Et ces contradictions engendrent des courants de créativité au milieu d’un océan de repas micro-onde pour l’esprit. Ces courants échouent sur nos berges en merveilles littéraires, en bandes-dessinées magnifiques, en saveurs musicales uniques au monde, en jeux-vidéos passionnants, et cetera desunt… Ma culture française est très discutable, mais elle porte au moins en elle le germe de la critique. Et sans critique, sans satire, pas de contradiction, donc pas de créativité.

Nous sommes le sept janvier deux mille quinze et la rédaction du journal critique français le plus emblématique depuis quarante ans vient d’être abattue. Au sens propre. Par des armes à feu tout à fait réelles. Je ne comprends pas ce que je viens d’écrire. J’ai l’impression de me réveiller. Je crois que comme beaucoup de français, je suis habitué à être saturé de ce genre de nouvelles, mais de loin. Nous n’avons plus le luxe de la distance.
Cette attaque fait vaciller la partie vitale de ma culture car elle dit qu’on peut être (à nouveau) tué pour avoir moqué. La satire n’a pas de beaux jours devant elle.
Cette attaque fait trembler ma culture car elle offre une voie royale à ceux qui veulent utiliser la peur pour contrôler. Contrôler des votes, des achats, contrôler l’information, Internet en tête. Les pourvoyeurs de pauvreté intérieure doivent se frotter les mains : « Enfin un cas d’école choquant pour encourager à se taire ! ». Ça va être tellement plus facile de faire adopter n’importe quelle loi maintenant qu’on peut détourner un exemple tragique pour lui faire dire n’importe quoi.
Cette attaque fait s’effriter ma culture, car elle va transformer les crevasses de la division en canyons. Des ennemis imaginaires vont apparaître et les spectres se combattre : pour ou contre la religion ? Faux croyants ou vrais terroristes ? Peut-on dire ce que l’on pense ?

Devant la stérilité des oppositions qui vont épuiser notre énergie collective, mes amis, opposez votre soif de paix. Cultivez plus que jamais votre envie de comprendre. Soyez précis dans vos jugements, de peur qu’en votre entendement ne riment criminel et culturel. Fermez votre esprit à ceux qui se sentent le besoin de parler plus fort que les autres. Celui qui crie n’a pas grand-chose à dire.

Exprimez-vous, plus que jamais, sans peur !
Fi du jugement, fi de la brutalité de l’internaute et de la peur du ridicule.
Pratiquez l’esprit critique comme un art martial, c’est une arme dont nous allons avoir un très grand besoin.