Conan le blanc barbare (la décolonisation des terres oniriques)

Les bronzés ont du chi

Oh oui cet article va être parfois douteux. Oh il va y avoir des tournures et des formes d’humour discutables, je le prédis !
Mais pas de problème, j’ai la PIRE raison du monde pour ça : c’est une habitude.
Une habitude amère (noire) dont je ne viens que tout récemment de prendre conscience.

Fermez les yeux et lisez ce qui suit en laissant les images venir à vous ; si l’écran ondule, c’est que c’est un flashback.

J’étais réuni avec de fins amis pour jouer à Blue Rose. C’est un jeu de rôle. Un de mes préférés. Un chef oeuvre (d’un point de vue intention et univers, les règles c’est autre chose) qui est au jeu de rôle ce que Steven Universe est au dessin animé. Blue Rose est plein de bonnes intentions qui me réchauffent le coeur et -ho ! comme c’est beau !- c’est aussi le cas de mon MJ. Du coup la soirée s’amorce avec la réunion des fiers chevaliers sur le point de partir à l’aventure. Et leur description.

Et pour la PREMIÈRE FOIS en plus de vingt ans de pratique de ce média, sur la dizaine de personnages les mâles blancs étaient en grande minorité. Certains avaient la peau noire ou hâlée, certains étaient asiatisans. Cela fait une grosse dizaine d’années que je suis vigilant sur la représentation féminine dans mes parties, mais à l’écoute de ces descriptions j’ai réalisé que depuis plus de vingt ans je lavais mon imaginaire avec Ariel. Cette introduction inclusive déclencha deux phases :

1 – LOL !

« Les chinois, c’est forcément ceux qui vont nous trahir, non ? »
« Je crois que tu as oublié les naines borgnes amérindiennes ! »
« C’est pratique on sait qui porte les bagages comme ça. »

Sympa hein ? Je me targe d’essayer de prendre du recul sur mon comportement pour prendre conscience de mes déterminismes, mais là j’ai foncé dedans à tête baissée.

1 – LOL ?

J’ai d’abord pensé que ces blagues réflexes n’étaient pas bien grave. Et je me suis souvenu de ce que je ressens quand mes collègues commencent à enchaîner les blagues machistes. Alors grave ou pas ça ne veut rien dire, une chose est toujours grave ou légère, ça dépend de ce à quoi on compare. Par contre ais-je envie de rester ce type-là qui, par habitude, augmente la fréquence de ces représentations nauséabondes ? L’humour quand il est régulier est aussi efficace pour créer une vision du monde qu’une autre forme de culture. C’est la fréquence qui marque.
Lors de mon examen de conscience de treize heures dix, j’ai compris que, en tant que végétarien féministe convaincu et très à gauche, les blagues racistes était un outil d’insertion pour rester connecté aux gens « standards » que je rencontre dans les regroupement obligatoires (travail, club de sports, ect). Mais si c’est une explication, ce n’est pas une excuse pour autant.

Et donc la scène s’est terminée et j’ai imaginé ce groupe de guerrières et guerriers si diverses, si uniques. C’était sublime. J’ai senti un véritable bol d’air et j’ai pour la première fois en trois parties pu sentir l’intention narrative de Blue Rose en Action. Ces noirs et ces chinois dans des costumes imaginaires et fictifs étaient fascinants, on les sentait plus vivants, moins caricaturaux, j’avais envie de m’intéresser à eux. La dernière blague (ça n’a tout de même pas duré bien longtemps) m’a laissé un goût amère (noire?) que j’ai encore sur la langue. Je sais que mes prochaines descriptions en bénéficieront. Je sais que j’aurais moins envie à la cafétéria de glousser à une allusion sur le pénis des congolais. C’est ça aussi le sublime pouvoir du jeu de rôle.

La médecine est efficace, quand elle est amère (noire !) !

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