Infinity – La mélodie du jardinier

J’ai fais plusieurs tentatives pour placer mes Japonais du jeu de figurines Infinity au centre d »un histoire.
Voici le début que me plaît le plus :

La famille comme une hydre

Les cahots violents du camion militaire n »étaient pas à l »origine de sa nervosité. Ce qui concentrait toute son inquiétude, c »était la silhouette en face d »elle. Elle était encapuchonnée, cachée sous une lourde cape de cuir brun. Seules ses mains dépassaient, recouvertes du maillage fascinant du camouflage optique. Le dispositif, inactif pour le moment, était d »une complexité technologique difficile à imaginer derrière le treillis grisâtre. Les mains s »appuyaient nonchalamment sur un sabre dans son fourreau, à la manière d »une canne.

Kimiko n »était pas habituée à côtoyer grand monde en dehors des soldats du clan Karasuguchi. L »inquiétant spécialiste en faisait aussi partie, théoriquement. Mais il était rare de le voir. On ne l »imaginait pas autrement que solitaire ; invisible et silencieux, marchant vers le condamné. La capuche se s »entrouvrit et Kimiko devina la surface lisse du masque de mort. L »être sans visage s »adressa à elle :
« Je me souviens du soir où votre mère est revenue de l »hôpital en vous tenant dans ses bras. Vous découvriez le monde avec de grands yeux soucieux, et vous avez toujours le même regard. Je m »occupais des orchidées à l »époque. Votre mère adorait ces fleurs. Elle est partie trop jeune, mes condoléances.
– Merci Jardinier… Je suis honorée. J »ignorais que nous nous connaissions.
– Je connais chacun d »entre vous. »

Il termina ses mots en se tournant brièvement vers les trois autres passagers du fourgon. Sa posture corporelle dévoilait l »affection ou la tension suivant les personnes, ne faisant aucun secret de ses émotions. Cette tension était visiblement partagée par le sous-lieutenant Mura Kintarô, dont les mâchoires étaient si crispées qu »on avait l »impression d »entendre ses dents grincer par-dessus le bruit du camion.

Kimiko était déchirée : elle mourrait d »envie d »en savoir plus sur sa mère qu »elle avait si peu connue mais n »osait pas poser une question directe, encore plus devant les autres soldats. Interroger l »Oniwaban sans y avoir été invitée serait une grave impolitesse, d »autant plus dans un moment si peu approprié. Elle se contenta de le dévorer du regard dans l »espoir qu »il poursuive, mais tout bascula brutalement. Un choc à briser les os propulsa le camion sur le flanc et éparpilla toute l »unité dans l »habitacle. L »espace se remplit presque immédiatement d »une fumée noire et grasse aux relents d »acide et c »est en toussant et en crachant que Kimiko Katsuko commença à s »acharner à coups de botte sur la porte. Bloquée ! Elle sortit son fusil combiné, hésitant à utiliser une arme dont les projectiles allaient certainement ricocher vers l »intérieur, quand une main ferme la poussa doucement sur le côté. L »Oniwaban, une lame courte en main, fit une attaque rapide sur la serrure qui sauta aussitôt en libérant le battant. L »unité se précipita à l »extérieur pour évaluer la situation.

Bô Lin, le chauffeur chinois, gisait mort dans sa cabine. Tué sur le coup. Jirô poussa une exclamation d »horreur en pointant la route du doigt : la jeep de tête était en flamme, la moitié gauche disloquée. La jeep du lieutenant. Les rescapés Karasuguchi restèrent figé d »horreur devant le spectacle et la jeep bondit dans une explosion d »essence pour rendre la vision encore plus insupportable. Ils se regardèrent sans y croire. Seul l »Oniwaban semblait conserver son calme éternel. Il s’assit sur une roche noire, son masque de métal reflétant les flammes au loin. Il sortit une petite flûte d »os de sa poche et commença à jouer une mélodie solennelle et poignante.

Le sous-lieutenant Kintarô se précipita soudain en criant vers l »épave de la jeep. Une vague de flamme le força à reculer mais tous purent voir la carrosserie torturée se déplier de l »intérieur, une main gantée de fer repoussant les esclandres brûlants comme on chasse les mouches. Le lieutenant dans son armure intacte se redressait lentement, enveloppé des flammes qu »il ignorait avec dédain. Il fit le chemin vers l »unité d »un pas lent et ferme, sans prêter attention aux explosions du véhicule qu »il abandonnait. Droit et fier, il s’arrêta en face de Kintarô qui le saluait, tête baissée et corps arqué. Il considéra les soldats et énonça, de sa voix de basse mesurée :
« Si vous devez être abattu au cours d »un combat, soyez résolu à l »être face à l »ennemi. »

Route de la gloire

Impossible de continuer à rouler sur la route truffée de mines. Ils étaient visiblement attendus. Si le chemin était déjà piégé à cette distance, il y avait fort à parier qu »ils seraient accueillis en embuscade par des troupes préparées. La solution la plus évidente était de faire demi-tour pour revenir en renfort… Aucun d »entre eux ne l »envisageaient. Fuir le danger pour des troupes japonaises était parfaitement exclu. Déjà fier à la base, ce peuple n »était devenu que plus déterminé sous l »oppression YuJing et le lieutenant marchait sur la route minée, la main sur la garde du wakizashi. L »Oniwaban avait disparu et les soldats suivaient derrière, groupés et crispés, ignorant leurs blessures…

La suite un jour 🙂

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